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25-01-2012

PIP : où est passé l'argent des prothèses ?
le 25 janvier 2012

Avec une maison-mère au Delaware, des prête-noms décédés au Luxembourg et des financements opaques, la face cachée de PIP ajoute au trouble de l'affaire des prothèses défectueuses. 

"Nous voulons savoir où sont passés les actifs de PIP". A Toulon, Christine Ravaz, l'avocate d'une victime a porté plainte en fin de semaine dernière après que le liquidateur de l'entreprise varoise PIP, assigné en référé, eût fait défaut à l'audience, "faute de fonds en compte". Cette plainte, déposée contre la famille Mas-Lucciardi, PIP et contre X, vise notamment des faits de banqueroute frauduleuse, d'abus de bien sociaux, d'organisation d'insolvabilité et de blanchiment aggravé. L'avocat de Jean-Claude Mas, sollicité par l'Afp sur ce volet de l'affaire, n'a pas donné suite.

Mais la tâche ne s'annonce pas facile. L'entreprise, fondée en 1991 dans le Var, était contrôlée depuis 1998 par deux sociétés-écrans au Luxembourg, Milo Finance et Penny Holding. Elles sont aujourd'hui en liquidation et leurs administrateurs, Alain Sereyjol-Garros et Fabio Pezzera, qui géraient plusieurs autres sociétés connexes, sont décédés. Le montage financier ne s'arrêtait pas là. En 2003, quand "les banques abandonnent" PIP en "supprimant des lignes d'escompte", comme il l'a dit aux gendarmes, Jean-Claude Mas se tourne vers les Etats-Unis pour lever des capitaux. Son usine de 120 salariés devient alors filiale à 94% de la société Heritage Worldwide. Basée dans l'Etat du Delaware, souvent considéré comme un paradis fiscal,  celle-ci emprunte plusieurs millions de dollars à des fonds anglo-saxons. Mais derrière Heritage, on retrouve les mêmes sociétés luxembourgeoises - avec un commissaire aux comptes domicilié aux Iles Vierges - et les mêmes hommes de paille, aux côtés d'un fonds d'investissement, GEM.

Série de décès

Qui détenait, in fine, le capital de PIP ? D'après le tribunal de commerce de Toulon, M. Mas et son ex-compagne  Dominique Lucciardi étaient les bénéficiaires économiques de Penny Holding, au sommet de la pyramide. Aux gendarmes, Mas a dit cependant que le "principal actionnaire" de PIP était M. Sereyjol-Garros, en racontant que celui-ci l'avait "fait chanter" en 2005 "sur des déclarations fausses concernant l'entrée en Bourse" aux Etats-Unis. A l'époque, PIP change de forme juridique et Mas est écarté de la gouvernance, selon lui. "En 2007, M. Sereyjol est décédé et j'ai donc fait mon retour au sein du conseil de surveillance", a-t-il expliqué. D'après une source judiciaire au Luxembourg, M. Sereyjol-Garros s'est suicidé fin janvier 2007, à 66 ans, dans un appartement où son associé, Fabio Pezzera, est mort d'une overdose, à 39 ans, quatre mois plus tard. En août 2011, le financier Fabrice Viguier, artisan du montage Heritage/PIP via le fonds GEM, meurt à son tour, à moto, dans le Var. Contacté par l'AFP, un représentant de GEM à Paris n'a fait aucun commentaire.

Au Luxembourg, les décès de MM. Sereyjol-Garros et Pezzera, non déclarés au  registre du commerce bien que la loi l'impose, ont entraîné la liquidation des sociétés qu'ils administraient. La procédure est toujours en cours. Interrogée par l'AFP, l'avocate chargée du dossier n'a rien voulu dire. Selon une source judiciaire, le litige concernerait la villa du couple Mas-Lucciardi à Six-Fours-les-Plages et leur bateau, qui pourraient tomber dans les mains des créanciers. Ces biens avaient été achetés à la fin des années 90 via une SCI  luxembourgeoise, dont les actionnaires de façade, toujours les mêmes, avaient cédé leurs parts aux Mas dès 1999. C'est ce que le couple a déclaré au registre du commerce luxembourgeois...  en juillet 2010. Dans la foulée, Mas transférait ses parts à son ex-compagne et  à son fils, un moyen de mettre la villa à l'abri au moment où le scandale des  implants frauduleux éclatait.


Source :  Par TF1 News